"...et poursuite de vent"

« ...et poursuite de vent », créée en août 2007 par Francis DISTINGUIN, est une plateforme artistique et culturelle nomade : laboratoire de recherche, de réflexion sur l'éphémère du mouvement corporel, "soumis au destin de chaque jour"

19 juin 2009

"Le jardin aveugle" de Janet Frame

  "Alors je plaçai sous mes yeux le schéma d'une tête d'un cou d'un torse humains dessinés à l'échelle, les tunnels de la parole et de la respiration si gais dans leurs parois écarlates ; ignorant les flèches qui fusaient de droite et de gauche pour se planter dans la liste des noms du territoire bleu, rouge, rose, je déplaçai mon doigt, le fis courir le ong du couloir, essayant de trouver laporte qui ouvrait sur la parole, mais le diagramme n'en faisait pas état; quelque part dans le cerveau affirmait le livre, une impulsion dans le cerveau libérant les mots, mouvements animant le larynx les lèvres et la langue, modelant le souffle, et même alors disait lelivre, ce pouvait ne pas être la parole qui émerge, ce pouvait être un cri semblable à ceux qu'émettent un oiseau ou un animal dissimulé la nuit dans les arbres ou, plus solitaire encore, non le cri d'un oiseau ou d'un animal mais les premiers balbutiements d'un nouveau langage que nul être ne comprend et qui conduit le voile de fumée de la peur à opacifier l'esprit, afin de le protéger contre l'inconnu.

Les griffes de l'animal, elles aussi jaillissent de leur fourreau. Il faut détruire le nouveau langage ou le refouler jusqu'au lieu où il est né, dans le silence et l'obscurité."

in Le jardin aveugle de Janet FRAME, ed.Rivages Poches

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13 juin 2009

" ...d'une seule et même vague sur sa course,le mouvement!"

"...C'était hier.Les vents se turent.- N'est-il rien que d'humain?

"A moins qu'il ne se hâte, en perdra trace ton poème" Ô frontière, ô mutisme! aversion du dieu! Et les capsules encore du néant dans notre bouche de vivants.

Si vivre est tel, qu'on n'en médise! (le beau recours!...) Mais toi n'aille point, ô Vent, rompre ton alliance.

Sinon, c'est tel reflux au désert de l'instant!...l'insanité, soudain, du jour sur la blancheur des routes, et, grandissante vers nos pas, à la mesure d'un tel laps,

L'emphase immense de la mort comme un grand arbre jaune devant nous.

Si vivre est tel, qu'on s'en saisisse! Ah! qu'on en pousse à sa limite,

D'une seule et même traite dans le vent, d'une seule et même vague sur sa course,

le mouvement!..."

in Vents de  Saint-John Perse. Ed. nrf. Poésie/Gallimard 2007

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01 mai 2009

"Identité de chair"... par Giuseppe Penone

     "Il arrive un moment où on se débarrasse des conventions et des connaissances acquises pour redéfinir son identité, son espace de pensée et retrouver l'authenticité que l'apprentissage nous a fait oublier. L'identité est un espace, l'espace de son corps qui devient seulement en suite l'espace de ses idées, l'espace où la personne se projette. La première identité est celle du corps, c'est une identité cellulaire, une identité de chair"   

                                                       in Respirer l'ombre de Giuseppe PENONE, les éditions Beaux arts de Paris

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15 avril 2009

"Laban...ou la pensée baroque"

    "Comment penser le mouvement non seulement comme expression de champs de forces, mais comme continuum, comme non-fixité absolue? Par des polarités qui ne s'opposent pas. Non seulement ces polarités sont complémentaires mais elles s'irriguent mutuellement et se renvoient continuellement l'une à l'autre, l'une portant le germe de l'autre. C'est qu'il [Laban] conçoit le rapport entre le mouvement et l'immobilité, mobilité et stabilité, monde intérieur et monde extérieur, physique et métaphysique, corps et esprit, l'individu et le tout, la forme et l'informe, la lumière et l'ombre. Différentes combinatoires de ces couples de polarités rendent possible à Laban de penser la complexité du mouvement.

En plaçant l'instable au coeur du mode opératoire des naissances des formes et des mouvements, Laban développe une pensée non de la perfection mais de la plénitude mobile et oscillante.(...)

La pensée de Laban est une pensée baroque par excellence."

in la Préface d'Elizabeth Schwartz-Rémy, "Espace dynamique" de R. LABAN, ed. Nouvelles de Danse

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16 février 2009

Le corps et la parole

       "Mais chez l'homme, un des êtres élus par la parole, [cette dernière] ouvre une blessure suraiguë et aux lèvres toujours ouvertes, désireuse même, dirait-on, de rester vive, vivante blessure, au point de consumer, pour certains, tout leur être: une blessure dévorante, une parole jamais trouvée, mais jamais réduite au silence, jamais endormie ; qui, même en songe, dans ces songes qui sont fantômes de l'être, s'ouvre davantage, prend feu, flamme qui dévore et peut à son tour créer une chose jamais vue ni entendue jusque-là, ce qu'on appelle une oeuvre, qui continuera à vivre tandis que le corps qui lui a servi de support tombe en cendres sans même un nom, sans nom." in De l'Aurore de Maria ZAMBRANO, éditions de l'Eclat - 1989

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11 février 2009

Matière du présent

"Etendu dans l'espace, mon corps éprouve des sensations et en même temps exécute des mouvements. (...)Placé entre la matière qui influe et la matière sur laquelle il influe, mon corps est un centre d'action, le lieu où les impressions reçues choisissent intelligemment leur voie pour se transformer en mouvements accomplis ; il représente donc bien l'état actuel de mon devenir, ce qui, dans ma durée, est en voie de formation. (...) La matière, en tant qu'étendue dans l'espace, devant se définir selon nous un présent qui recommence sans cesse, inversement notre présent est la matérialité même de notre existence, c'est-à-dire un ensemble de sensations et de mouvements, rien autre chose."

in Matière et Mémoire, de H.BERGSON, Quadrige-PUF

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06 janvier 2009

Corps écrit...Le silence

"L'illimité - Le silence m'est proche dans l'espace : pénétrant mon oreille et faisant corps avec mon corps. Cette proximité est sans intervalle puisque  aux rumeurs du dehors font écho les rumeurs de mon corps interne, le souffle, la respiration, les contractions musculaires. Cela fait une étendue illimitée, confondant dedans et dehors, dont les frontières les plus lointaines se brouillent.

L'étendue est immense : en me déplaçant dans l'espace, je déplace avec moi les limites incertaines de cette immensité. Elle est déserte comme sont les déserts: vides ou pleins de la présence silencieuse du corps à soi dans son bruissement intérieur, de la présence de la nuit noire et du plein jour qui aveuglent et laissent le corps à l'écoutte de son souffle et à l'écoute des bruits du vent"

in Le silence des mots de Marc Le Bot - CORPS ECRIT n°12- Le silence. PUF- 1984

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16 décembre 2008

Création en acte

Jeu et théorie du duende , de F.GARCIA LORCA, edition Allia, 2008

"J'ai entendu un vieux maître guitariste dire: "le duende n'est pas dans la gorge ; le duende remonte par-dedans, depuis la plante des pieds." Ce qui veut dire que ça n'est pas une question de faculté mais de véritable style vivant ;  c'est-à-dire, de sang ; de très vieille culture et, tout à la fois, de création en acte.

(...)

Tous les arts peuvent accueillir le duende, mais là où il trouve le plus d'espace, bien naturellement, c'est dans la musique, dans la danse et dans la poésie déclamée puisque ces trois arts ont besoin d'un corps vivant pour les interpréter, car ce sont des formes qui naissent et meurent de façon pertpéuelle et dressent leurs contours sur un présent exact."

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14 décembre 2008

"...Un temps qui ne se rejoue pas..."

Les Invisibles, 12 récits sur l'art contemporain, Luc LANG ,  édition du Regard, 2002

"Mais enfin, quelques soient tous ces mouvements, ces pertes, ces abandons, ces retraites, ces mises en relativité du sens et des sens, demeure une chose qui tend ma vie en une nécessité et qui laisse persister en chacun de nous de manière spécifique la dimension de la tragédie, c'est très simplement le fait que ma vie, notre vie, va vers sa mort et que le désintéressement n'a pas lieu d'être. Je suis dans le temps, dans un temps qui ne se rejoue pas, un temps qui se perd et s'enfuit. Sur ce fond-là, la demande faite à l'oeuvre d'art comme "promesse de bonheur", comme énergie de vie et de questionnement, demeure intacte, absolue. Aussi, j'attends de l'art qu'il participe de mon sentiment que ce temps qui passe, mérite de passer et que j'en suis, même partiellement, même dérisoirement, quelque peu souverain."

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